Mot-clef: "Jardins des roses"

L’ivrogne de la mosquée.

On raconte qu’un homme excité par les fumées du nébîd (vin de dattes) se jeta dans la maksoura (7) d’une mosquée et, se prosternant sur le seuil du Dieu de miséricorde, il dit en gémissant : « Seigneur, fais-moi monter au plus haut des deux ! » Le muezzin le prit au collet et lui dit : « Hors d’ici ! un chien pénétrer dans une mosquée !

Impuissance de l’homme contre les décrets de Dieu.

Un homme à qui l’on reprochait la laideur de son visage presque noir, confondit en ces termes celui qui l’accusait : « Je ne me suis pas créé moi-même ; de quel droit me reproches-tu mes imperfections? Et que t’importe la laideur de mes traits! suis-je donc un artiste qui réussit ou manque son œuvre ? »

Prière d’un pèlerin.

Mon cœur tressaille encore au souvenir de la prière que récitait sur le saint parvis (de la Kaaba) un pèlerin éperdu d’amour (2). « Seigneur, s’écriait-il en gémissant, ne me repousse pas, car personne ne me tendrait la main ! Soit que ta bonté m’appelle, soit que ta justice m’éloigne, je ne veux pour ma tête d’autre chevet que le seuil de ton temple.

Prières et conclusion du Poème.

Que dans l’effusion de nos cœurs nos mains se tendent vers le ciel, bientôt elles ne pourront plus sortir de la terre du tombeau ! Vois cet arbre : lorsque le souffle glacé de l’automne l’a dépouillé de son feuillage, il lève au ciel, comme un suppliant, ses branches dénudées ; la bonté divine ne rejette pas sa prière

Mort d’un jeune enfant de Saadi.

Je perdis à Sanaa (ci-dessus chap. iv, note 36) un fils tout jeune encore. Comment décrire ma douleur ? Le ciel ne forme une créature belle comme Joseph que pour la livrer, comme Jonas, au monstre du tombeau (17); le cyprès ne dresse sa taille svelte dans les jardins du monde que pour être déraciné par le vent

Saadien Abyssinie.

J’étais arrivé au pays des Abyssins comme un voyageur insouciant de sa destinée et tout entier au bonheur de vivre. Sur ma route, je vis une chambre étroite où l’on avait enfermé quelques malheureux, les fers aux pieds. Je m’enfuis au plus vite et regagnai le désert, comme un oiseau envolé de sa cage. Quelqu’un me dit alors :

Joseph et Zuleïkha.

Zuleïkha enivrée du breuvage de l’amour s’attacha au pan de la tunique de Joseph; le démon de volupté qui la dominait la jeta sur Joseph comme une louve. Cette reine d’Egypte avait coutume de se prosterner, matin et soir, devant une idole de marbre ; elle jeta alors un voile sur cette statue, comme pour lui dérober le

La moisson brûlée.

Un laboureur avait levé ses récoltes en juillet pour être à l’abri du besoin en décembre. Mais, une nuit, il s’enivra, le malheureux, l’insensé, et mit le feu à sa grange. Le lendemain, il alla glaner dans les champs, car il ne lui restait plus un grain de blé. Quelqu’un fit remarquer à son fils le désespoir de cet homme et ajouta :

Trait de l’enfance de Saadi.

Je me souviens que tout jeune enfant je sortis avec mon père, un jour de fête. Absorbé dans mes jeux, je perdis ses traces au milieu de la foule. Je poussais des cris lamentables, lorsque mon père revint et me tirant l’oreille : « Fils désobéissant, me dit-il, que de fois je t’ai recommandé de ne pas lâcher le pan de mon vêtement!

Apologues.

Quelqu’un s’était révolté contre son roi ; le prince livra cet homme à ses ennemis pour qu’ils le fissent périr. En se voyant entre leurs mains impitoyables, le malheureux s’écria douloureusement : « Si je n’avais attiré sur moi le courroux d’un ami, il ne m’eût pas abandonné à la fureur de mes ennemis ! » C’est avec justice qu’on inflige le supplice des traîtres

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