Sidi Ahmed ben Youssef, le saint de Miliana.
Le saint marabout de Miliana, Sidi Ahmed ben Youssef, se hasarda un jour de passer par Ténès dont les habitants ont toujours joui de la plus détestable réputation.
Les Ténésiens qui, parmi leurs défauts, comptaient une dose remarquable d’incrédulité, résolurent d’éprouver le pieux santon. Donc, à l’heure du souper, ils lui servirent un chat dont ils avaient dissimulé les apparences félines avec l’adresse la plus consommée.
Mais Sidi Ahmed ben Youssef était trop bon marabout pour être dupe d’un piège aussi grossier et ne pas reconnaître la vérité d’un premier coup d’oeil.
Indigné de la tentative, il lança aussitôt un formidable sob ! Cette interjection usitée pour chasser les chats importuns, effraya tellement l’animal mis à la broche que, tout rôti qu’il était, il partit comme une flèche à la grande stupéfaction des habitants.
C’est alors que, se levant avec majesté, le saint de Miliana jeta à la face de ses hôtes indignes cette apostrophe devenue proverbiale en Algérie :
Ténès !
Ville bâtie sur du fumier ;
Son eau est du sang ;
Son air est du poison ;
Pardieu ! Sidi Ahmed n’y couchera pas !
Et Sidi Ahmed ben Youssef reprit son bâton de voyage et partit.
(Revue Africaine, n° 8, décembre 1857.)





