L’homme tombé dans le puits.
Un seigneur de village dont la cruauté eût fait trembler le lion le plus féroce (56) vint à tomber dans un puits : digne châtiment de ses méfaits. Il se lamenta comme le plus malheureux des hommes et passa toute la nuit à gémir. Un passant survint et lui jeta une lourde pierre sur la tête en disant : « Toi qui n’as été secourable pour personne, espères-tu qu’on viendra maintenant à ton secours ? Tu as semé partout le crime et l’iniquité, voilà les fruits que tu devais inévitablement recueillir. Qui songerait à guérir tes blessures, lorsque les cœurs souffrent encore de celles que ta lance leur à faites ? Tu creusais des fosses sous nos pas, il est juste que tu y tombes à ton tour. » — Deux sortes de gens, les uns bienfaisants, les autres pervers, creusent des puits pour leurs semblables : les premiers afin de désaltérer les lèvres desséchées du voyageur, les seconds pour enfouir leurs victimes. Si tu fais le mal, ne compte pas sur le bien, autant vaudrait demander au tamarisc le doux fruit de la vigne. Tu as semé de l’orge en automne, je ne pense pas que tu récoltes du froment pendant la moisson ; tu as cultivé avec sollicitude la plante du Zakoum (57), ne compte pas qu’elle produira des fruits, pas plus qu’une branche de laurier rose ne peut produire des dattes. Je te le dis encore, on ne récolte que ce qu’on a semé.
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